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Thursday, July 27, 2017

Conférence de presse suivant le Sommet du G20



Hambourg, le 8 juillet 2017

Le Président de la Russie Vladimir Poutine répond aux questions des journalistes sur ce qui ressort des deux jours du Sommet du G20.



 President Putin holds press conference at G20 in Hamburg



Le Président de la Russie Vladimir Poutine :

Bonjour,
Permettez-moi de faire l’impasse sur les déclarations et les monologues. Vous avez tout vu et entendu, une grande partie du moins. Venons-en directement aux questions. Allez-y, je vous en prie.

Question : M. le Président, aussi bien les experts que les gens ordinaires, dont certains manifestent près de ce bâtiment à présent, nourrissent des opinions différentes sur l’utilité des sommets des pays du G20. Lors de ce sommet, par exemple, il y a eu davantage de discussion concernant votre réunion avec M. Trump. Et donc quels sont les problèmes discutés par le G20 qui sont les plus importants pour la Russie ? Merci.


Vladimir Poutine : le G20 est avant tout un forum économique, même si de nombreuses questions politiques et des problèmes similaires émergent. Néanmoins, la principale question concerne le développement de l’économie mondiale, et c’est sur ce point que l’on a accordé le plus d’attention.


Nous nous sommes mis d’accord pour déterminer les principes d’une économie mondiale durable, et il est vital de travailler selon les mêmes normes. Puis nous avons poursuivi avec la question qui avait en fait été soulevée à Saint Pétersbourg : le blanchiment d’argent et tout ce qui a trait aux paradis fiscaux et à l’évasion fiscale. C’est un sujet crucial avec des conséquences pratiques. Puis, non moins important et également lié à l’économie, une question qui y est reliée et très importante – la lutte contre le terrorisme, la traçabilité des flux financiers pour prévenir le financement du terrorisme.

Enfin, un sujet très important et très délicat, qui est le changement climatique. Je pense à cet égard que la présidence du G20 assumée par la République Fédérale d’Allemagne a réussi à parvenir au meilleur compromis possible dans une situation difficile dans laquelle le pays organisateur s’est trouvé, à savoir le fait que les Etats-Unis soient sortis de l’Accord de Paris sur le Climat. Un accord a été trouvé, un compromis, lorsque tous les pays ont enregistré que les Etats-Unis étaient sortis de l’accord, mais qu’ils étaient disposés à continuer de coopérer dans certains domaines et avec certains pays pour affronter les défis du changement climatique. Je pense qu’il s’agit d’un résultat positif en soi, qui peut être porté au crédit de la Chancelière Merkel.


Il y a d’autres problèmes que nous avons abordés. Par exemple, l’économie digitale. Ici nous avons proposé d’adopter des règles communes dans le domaine de l’économie digitale, définir la cybersécurité et la conception d’un ensemble de règles globales, notamment des mesures comportementales qui s’y rapportent.

Nous avons indiqué aujourd’hui –  le Président de la République d’Afrique du Sud en a parlé de façon très convaincante ; en fait, cette question a été abordée dans pratiquement tous les discours et se reflète d’une certaine façon dans les documents définitifs – que nous devrions être prêts à libérer notre main-d’œuvre, nous devrions entreprendre des efforts communs, nous devrions déterminer ce qui devrait advenir des salariés qui ont perdu leur emploi, comment arriver à les former à nouveau, quels sont les délais et quelles règlementations devraient être mises en œuvre.

Entre autres, j’ai attiré l’attention sur le fait que les syndicats devront être mis à contribution parce qu’ils protégeront non seulement les salariés, mais également les entrepreneurs individuels exerçant dans l’économie digitale, et le nombre de ces postes est en augmentation. Ceci est relié d’une manière ou d’une autre aux droits des femmes et à l’éducation des filles. Cela a été discuté dans de nombreux forums, mais nous en avons parlé aujourd’hui dans le contexte de l’économie digitale.

En général, ce forum est certainement efficace, et je crois qu’il va jouer un rôle dans la stabilisation de l’économie mondiale en général.

Question : M. le Président, j’aimerais poursuivre sur le sujet abordé par mon collègue. Bien qu’il y ait eu beaucoup de sujets politiques au menu de ce sommet, ils continuent d’émerger de plus en plus souvent lors des sommets du G20, pourtant vous avez énuméré des questions économiques, qui restent de toute façon la priorité. De nombreux orateurs, ministres de différents pays responsables de l’économie, ont dit que 2017 pourrait devenir l’année de la croissance économique mondiale. A quel point est-ce faisable et cette croissance pourrait-elle se manifester en Russie compte-tenu des tendances défavorables – des sanctions, des restrictions et autres facteurs ?


Vladimir Poutine : Nous n’avons pas vu de tendances défavorables jusqu’ici, ou elles ont presque disparu en tout cas. Certains facteurs ont un impact négatif sur le développement économique, y compris sur l’économie mondiale, l’économie de la zone Euro et en Russie, il s’agit des mêmes restrictions illégitimes que vous avez mentionnées. Nous appelons à lever toute restriction, en faveur du libre-échange, de la coopération avec l’Organisation Mondiale du Commerce, en accord avec les règles de l’OMC. Soit dit en passant, un des sujets discutés ici a été le libre-échange et comment contrer le protectionnisme. C’est également un des domaines cruciaux qui devraient être mentionnés.


Dans l’ensemble, il y a quelques progrès. Cependant, les prévisions de croissance initialement optimistes ont été abaissées. Néanmoins, il y a de la croissance, et elle est évidente, y compris en Russie.

J’ai dit et répété récemment ici que la croissance économique Russe est concrète, que l’économie Russe, et nous pouvons l’affirmer avec certitude, est sortie de la récession. Nous avons enregistré une croissance durant trois trimestres et bientôt quatre trimestres consécutifs. La croissance a dépassé 3 pourcent en mai : elle était de 3,1 pourcent. Je pense que nous aurons une moyenne de 2 pourcent en 2017. C’est également une contribution significative à la croissance économique mondiale.


Laissez-moi vous rappeler que nous avons également un taux de chômage assez bas à 5,2 pourcent, que nos réserves monétaires augmentent, y compris celles des réserves de la Banque Centrale et du Gouvernement. Les réserves de la Banque Centrale ont déjà atteint les 412 milliards de $. Les recettes du budget fédéral ont augmenté de 40 pourcent, et tout cela se produit dans le contexte d’une inflation relativement faible de 4,4 pourcent. Tout cela considéré ensemble nous rend certainement optimiste ; cependant, on ne peut pas dire avec certitude qu’il s’agisse d’une tendance à long terme. J’ai toute raison de croire que nous allons réussir à le faire.

Question : M. le Président, votre rencontre avec le Président Trump a focalisé l’attention générale lors de ce sommet. Comment considérez-vous cette rencontre, en termes de résultats ? Ce n’est pas un secret que le Président des Etats-Unis a eu une rhétorique dure en Pologne, et il y a même eu quelques déclarations inamicales de la part des médias Américains à l’abord de ce sommet. M. Trump vous a-t-il questionné directement à propos de l’ingérence de la Russie dans les élections (présidentielles) Américaines ? L’avez-vous apprécié personnellement ? Pensez-vous pouvoir vous entendre ?


Vladimir Poutine : Le Président des Etats-Unis m’a posé directement cette question, et nous en avons parlé. Et ce n’était pas la seule question, mais de nombreuses questions, et il a beaucoup insisté sur le sujet. La position de la Russie est bien connue et je l’ai rappelée. Il n’y a aucune raison de croire que la Russie soit intervenue dans le mécanisme électoral Américain.


Mais ce qui est important, c’est que nous nous sommes mis d’accord qu’il ne devrait pas subsister d’incertitude dans ce domaine, particulièrement à l’avenir. Soit dit en passant, j’ai mentionné lors de la dernière séance du sommet que cela concerne en particulier la sécurité de l’espace virtuel, les ressources internet mondiales et ainsi de suite.


Le Président des Etats-Unis et moi nous sommes mis d’accord pour établir un groupe de travail et entreprendre des efforts communs pour superviser la sécurité dans l’espace virtuel, garantir la conformité totale avec les lois internationales dans ce domaine, et empêcher des interventions dans les affaires internes des pays. Cela concerne principalement la Russie et les Etats-Unis. Nous pensons que si nous réussissons à organiser ce travail – et je n’ai aucun doute que nous y parviendrons – il n’y aura plus d’hypothèses sur ce sujet.

Quant à nos relations personnelles, je pense qu’elles ont été établies. Voilà mon point de vue : l’image que la télévision retransmet de M. Trump est très différente de la personne réelle ; c’est une personne très terre-à-terre et directe, et il a une attitude absolument correcte envers la personne à qui il s’adresse ; il analyse très vite les sujets et répond aux questions qu’on lui pose ou aux nouvelles questions qui émergent en cours de discussion. Donc je pense que si nous construisons nos relations dans le fil de notre rencontre d’hier, il y a de bonnes raisons de penser que nous serons capables, du moins partiellement, de revenir au niveau des relations dont nous avons besoin.

Question : Pour poursuivre dans le sens de votre réponse, pourriez-vous s’il vous plaît nous dire si le Président Trump a accepté votre déni concernant la Russie, de l’ingérence de la Russie dans les élections Américaines ?

Vladimir Poutine : Je le répète, il a posé de nombreuses questions sur le sujet. J’ai répondu à toutes ses questions dans la mesure du possible. Je pense qu’il en a pris note et qu’il a approuvé. Mais il vaudrait mieux lui demander ce que lui en pense.


Question : Encore une question sur la politique intérieure, si je puis. En fait, elle n’a pas de lien avec le G20, mais la question concerne la politique intérieure Russe. J’aimerais vous demander ce que vous pensez d’Alexeï Navalny et de ses activités. Et pourquoi vous ne prononcez pas son nom et son prénom lorsque vous répondez à des questions à son sujet.

Vladimir Poutine : Je pense que nous pouvons engager un dialogue, particulièrement au niveau du Président et du Gouvernement, avec des gens qui proposent un projet constructif, même s’ils émettent des critiques. Mais si l’objectif est de se faire de la publicité, cela n’encourage pas au dialogue.

Question : Plus tôt ce matin, vous avez eu une réunion avec le Président Français et la Chancelière Allemande. Je présume que vous avez eu une discussion approfondie sur la situation en Ukraine. En êtes-vous sorti avec une vision commune, et y-a-t-il de l’espoir que le Donbass puisse sortir de l’épreuve difficile dans laquelle il se trouve à présent ? La discussion sur la question initiée avec le Président Américain peut-elle jouer son rôle, ou les intérêts de la Russie et des Etats-Unis divergent-ils toujours en Ukraine, ou sont-ils peut-être même opposés dans certains domaines ? Ce qui, soit dit en passant, pourrait se déduire du passé du diplomate Américain qui a été nommé émissaire spécial. 

Vladimir Poutine : Les intérêts de la Russie et de l’Ukraine, les intérêts des peuples Russe et Ukrainien – et j’en suis pleinement et profondément convaincu – coïncident. Nos intérêts coïncident totalement. La seule chose qui ne coïncide pas, ce sont les intérêts des autorités Ukrainiennes actuelles et de certains cercles politiques de l’Ukraine. Si nous devons être objectifs, bien sûr, l’Ukraine et la Russie sont toutes deux intéressées à coopérer entre elles, à associer leurs avantages concurrentiels et à développer leurs économies, ne serait-ce qu’en raison de l’héritage important de l’époque soviétique – je parle de coopération, de l’infrastructure unifiée et de l’industrie de l’énergie, du transport, et ainsi de suite.

Mais malheureusement, aujourd’hui nos collègues Ukrainiens croient que cela peut être négligé. Il ne leur reste qu’un seul « produit » à vendre – la Russophobie, et ils réussissent à le vendre. Autre chose qu’ils vendent aussi, c’est la politique visant à diviser la Russie et l’Ukraine et à séparer les deux peuples et les deux nations. Certains en Occident aiment cela ; ils pensent que la Russie et l’Ukraine ne doivent pas être autorisées à se rapprocher dans n’importe quel domaine. C’est pourquoi les autorités Ukrainiennes actuelles entreprennent avec élan et réussite de vendre ce « produit ».

Mais je pense que finalement cela va prendre fin. La Russie, en tout cas, veut que cette situation se termine dès que possible. Quant au rôle des Etats-Unis dans le règlement de la situation en Ukraine, le Président Trump et moi en avons parlé et nous nous sommes mis d’accord – et en fait cela avait  déjà été effectué – c’est à dire qu’un représentant spécial de l’administration soit nommé pour gérer cette question de manière permanente et être en contact permanent avec la Russie et aussi avec l’Ukraine, et toutes les parties intéressées dans le règlement de ce conflit.


Question : M. le Président, j’ai une question concernant le Moyen-Orient, qui est en ébullition pour le moment : la Syrie, le Qatar et d’autres pays. Vous avez dû avoir des discussions sur la Syrie au Sommet du G20. Comment estimez-vous les perspectives d’un règlement Syrien après ces discussions et la récente réunion d’Astana ? Est-ce que la position de la nouvelle administration Américaine sur cette question a changé ou est-elle devenue plus constructive, particulièrement en vue des accords d’hier ?
Et aussi, à propos du Qatar, si je puis me permettre. Comment évaluez-vous la situation ? A-t-elle été discutée au Sommet du G20 ?
Et encore une question, si je puis …

Vladimir Poutine : Je vais devoir vous faire un rapport complet. (Rires).

Question : Eh bien, on n’a pas souvent cette chance. A propos de la question sur le terrorisme : pour autant que je sache, se mettre d’accord sur une Déclaration sur les moyens de Contrer le Terrorisme a été un processus laborieux. Si ce n’est pas un secret, quelles étaient les principales contradictions ?

Vladimir Poutine : Pour être honnête, je ne suis pas au courant de difficultés, vous auriez mieux fait de demander au Sherpa. De mon point de vue, il n’y a pas eu d’objections fondamentales de la part de quiconque. Peut-être à propos de la rédaction. Mais, pour être honnête, je ne suis au courant de cela. Je sais que le texte a été approuvé. En tout cas, au niveau des chefs de délégation, des chefs d’état, il n’y a pas eu de problèmes, ni de tensions. Chacun reconnaît qu’il s’agit d’une menace commune et chacun s’est déclaré prêt à combattre cette menace.

Quant au Qatar, le problème n’a pas été abordé. C’est une question régionale brûlante, qui peut avoir un impact sur certains points, soit dit en passant, y compris l’économie, dans le domaine de l’énergie et en ce qui concerne la sécurité dans la région, mais je n’ai discuté de la question avec personne au cours du Sommet.


A propos de la Syrie. Oui, nous avons abordé cette question avec presque tous mes interlocuteurs. Quant à savoir si la position des Etats-Unis a changé ou non – je dirais qu’elle est devenue plus pragmatique. Elle ne semble pas avoir changé en général, mais il y a désormais la compréhension qu’en associant nos efforts, nous pouvons accomplir beaucoup de choses. L’accord d’hier sur la région sud de désescalade du conflit, c’est clairement un résultat de ce changement. Vous savez, d’autres peuvent réagir comme bon leur semble, mais je peux vous dire, c’est une des ruptures que nous avons réalisées en travaillant avec le Président Trump.


C’est le résultat d’une coopération, y compris avec les Etats-Unis. La Jordanie a rejoint cette entreprise, et il en a été ainsi pour d’autres pays de la région. Nous avons tenu des consultations avec Israël et allons les poursuivre dans un proche avenir. Mais, c’est un très bon résultat, une rupture en quelque sorte. Par conséquent, si nous progressons de la même manière dans d’autres directions, vers d’autres régions du conflit de désescalade …


Nous avons discuté de cela bien en détail avec le Président de la Turquie aujourd’hui. Cela ne dépend pas entièrement de nous, bien sûr, cela a aussi à voir avec les controverses entre les pays de la région. Chacun a ses propres problèmes, chacun a ses préférences, ses propres intérêts, j’entends par là ses intérêts légitimes, donc c’est la manière dont nous devons les traiter – comme leurs intérêts légitimes ; nous devons rechercher des compromis.

Vous savez, parfois nous les trouvons. En tout cas, le fait que les opérations militaires actives aient cessé, le fait que nous discutions maintenant de zones de désescalade est un grand pas en avant.

A présent nous devons nous mettre d’accord sur les frontières exactes de ces régions, et sur la manière de garantir leur sécurité. Il s’agit d’un travail assidu, même pénible, qui est extrêmement important et responsable. Sur la base des expériences positives récentes, en se basant sur la bonne volonté de l’Iran, de la Turquie, et bien sûr du Gouvernement Syrien et du Président Assad, nous allons pouvoir aborder de nouvelles étapes.


Ce qui est le plus important, c’est – et nous l’avons en fait réaffirmé dans les documents établissant cette région dans le sud à la frontière avec la Jordanie, et la région qui borde les Hauteurs du Golan – la chose la plus importante, c’est de garantir l’intégrité territoriale de la Syrie en définitive, afin que ces régions de désescalade deviennent le prototype de régions qui pourraient coopérer les unes avec les autres et avec le gouvernement officiel de Damas. Si nous réussissons à accomplir cela, nous allons poser les fondements, créer les prérequis, travailler pour résoudre tout le problème Syrien par des moyens politiques.

Question : Nous avons déjà parlé d’ingérence dans les élections, mais nous avons de nouvelles élections à venir en Allemagne.

Vladimir Poutine : Ici en Allemagne ?

Question : Ces jours-ci nous disons que : « nous avons des élections en Allemagne » en septembre. Est-ce que la Russie envisage de s’ingérer ? Avez-vous annoncé à Angela Merkel comment vous allez vous y prendre ? Peut-être pourriez-vous également me donner une idée ? (Rires dans l’audience).


Vladimir Poutine : Vous posez des questions plutôt provocantes. Mais je vous ai dit que nous n’étions pas intervenus non plus dans les élections aux Etats-Unis. Pourquoi devrions-nous provoquer des incidents là aussi ? Nous avons de bonnes relations avec la République Fédérale. C’est notre partenaire économique le plus important en Europe en tant que pays, l’un de nos partenaires commerciaux le plus important au monde. Nous avons d’énormes projets communs que nous soutenons et, en chantier, par exemple Nord Stream 2. Il y a pas mal d’histoires, de litiges et même de résistances à ce sujet, mais il est absolument évident qu’il est dans l’intérêt de l’économie Européenne et dans celui de l’économie Allemande, qui veut abandonner l’énergie nucléaire. Pourquoi le ferions-nous ? Nous ingérer dans le processus politique intérieur est la dernière chose que nous souhaitons faire.


Si vous observez la presse, la presse Allemande ou la presse Européenne en général, la presse Française, ce sont eux qui ne cessent de s’immiscer dans nos affaires intérieures. Mais nous ne nous en préoccupons pas parce que nous sommes confiants.


Question : Merci beaucoup, M. le Président, pour avoir eu l’occasion de vous poser une question au nom de ma chaîne de télévision. Nous avions l’intention de vous interroger sur votre réunion avec le Président Trump, mais mon collègue a déjà posé la même question. Et vous avez dit que nous devrions demander au Président Trump ce qui s’était passé.

Vladimir Poutine : Non, ce n’est pas ce que j’ai dit. Vous devriez lui demander son point de vue, ce qu’il pense de mes réponses. Quant à ce qui s’est produit – rien ne s’est passé, nous ne sommes pas intervenus.

Commentaire : Malheureusement, la Maison Blanche ne nous donne pratiquement pas d’informations sur ce qui se passe.

Vladimir Poutine : Nous leur donnerons de nos nouvelles. (Rires).

Commentaire : Pourriez-vous nous dire ce que le Président Trump a dit au cours de la réunion lorsque vous lui avez dit que la Russie n’était pas intervenue dans le processus politique ?


Vladimir Poutine : Il a commencé à poser des questions d’investigation, il était réellement intéressé par certains détails. Je lui ai donné des réponses aussi détaillées que possible. Je lui ai parlé de mes dialogues avec la précédente administration, y compris avec le Président Obama. Mais je ne pense pas avoir le droit de révéler les détails de mes conversations, disons, avec le Président Obama, ce n’est pas une pratique acceptable à haut niveau. Je pense qu’il ne serait pas approprié de ma part de révéler le détail de mes conversations avec le Président Trump. Il m’a posé des questions et je lui ai répondu. Il a posé des questions précises et j’ai fourni des explications. Je pense qu’il a été satisfait par ces réponses.

Commentaire : Merci beaucoup.

Vladimir Poutine : Je vous en prie.

Question : Pour en revenir à la question afin de propulser la croissance économique, et aux mesures qui pourraient être décidées, le Gouvernement a déjà établi un plan, et pour autant que nous sachions, vous l’avez lu mais pour une raison quelconque le plan a été classifié confidentiel. Nous en connaissons quelques parties d’après ce que vous en avez dit.

Vladimir Poutine : Laissez-moi vous expliquer. Comme vous devez le savoir, nous avons plusieurs groupes qui travaillent sur le sujet : un groupe dirigé par M. Titov* et qui implique notre réseau d’affaires, et un groupe dirigé par M. Koudrine**, qui a réuni de grands experts respectés. Le Gouvernement y travaille également. Mais nous devrions établir un plan qui soit acceptable, optimal pour l’économie et les prochaines étapes à franchir en 2018. Et nous devons étudier toutes les propositions, les évaluer et enfin, prendre la décision définitive.

*Boris Titov, représentant des entrepreneurs auprès du Kremlin et membre du Conseil économique
**Alexeï Koudrine, libéral modéré, occupait le poste de ministre des Finances depuis 2000 jusqu’en 2011 quand le président Medvedev, mécontent de son attitude ouvertement critique vis-à-vis de la politique budgétaire du gouvernement et notamment vis-à-vis de la croissance du budget militaire, l’a congédié avec pertes et fracas. La nomination le 30 avril dernier d’Alexeï Koudrine au poste de vice-président du Conseil économique auprès du président de la Russie continue de provoquer des discussions acharnées des experts russes sur la signification et les conséquences éventuelles de cette promotion.

Il se peut que cela ne soit pas l’une des propositions ; cela pourrait être quelque chose qui serait basée sur toutes les trois propositions. Mais le travail est en cours, et nous n’en parlons pas au préalable.
Mais le gouvernement a certainement accompli beaucoup de choses dans ce domaine, et nous allons nous fonder largement sur les propositions du Gouvernement. Nous ne pouvons ignorer les résultats du travail de M. Koudrine, et M. Titov a également quelques suggestions valables. C’est pourquoi nous travaillons à présent pour décider de ce que sera la version définitive sur la base des propositions pour le développement de l’économie Russe à partir de 2018.

C’est tout. Il n’y a pas de secrets. Quel est le problème ? Le problème c’est que c’est une erreur d’annoncer ce qui n’a pas encore été adopté. Nous risquerions d’envoyer les mauvais indicateurs à l’économie, et c’est tout. Tout revient à cela.

Question : J’ai une question sur la politique intérieure. J’ai appris que vous avez été briefé sur un projet de limousine officielle, qui devrait être utilisée lors de l’investiture présidentielle de 2018.

Vladimir Poutine : Vous semblez être mieux renseigné que moi : c’est la première fois que j’en entends parler.

Question : Avez-vous pensé à faire un tour dans cette voiture lors d’un évènement officiel, c’est à dire, lors de l’investiture ?


Vladimir Poutine : Non, ce n’est pas cas, parce que la voiture n’est pas encore prête. Vous pouvez l’essayer vous-même, je verrai comment elle marche, et ensuite nous pourrons la tester ensemble.

Question : Vous avez évoqué votre réunion avec M. Erdogan. Pourriez-vous développer, s’il vous plaît – lorsque vous avez évoqué la question de la première région, celle du nord, avez-vous discuté sur la question des Kurdes et particulièrement le territoire d’Afrin, où des représentants du Centre Russe pour la Réconciliation des Parties Opposées sont présents ? Les médias Turcs préparent déjà le terrain pour une intervention de l’armée Turque dans cette région. Aussi, avez-vous discuté de l’avenir du (Président Syrien) Bachar el-Assad avec M. Trump et M. Erdogan ? Par exemple, M. Rex Tillerson a dit hier que cette personne n’avait aucun avenir dans la politique Syrienne. Il n’a pas dit comment et quand, mais c’est ce qu’il a dit.

Vladimir Poutine : Permettez-moi de répondre d’abord à votre deuxième question. M. Tillerson est un homme qui jouit d’une bonne réputation, il a reçu l’Ordre de l’Amitié Russe, et nous avons beaucoup de respect pour lui et nous l’apprécions. Mais il n’est pas un citoyen Syrien, et l’avenir de la Syrie et du Président el-Assad en tant que personnalité politique doit être déterminé par le peuple Syrien.
Quant à la question Kurde, c’est un très gros problème d’une grande complexité. Nous restons en contact avec de nombreux groupes Kurdes et n’en faisons pas mystère. Mais concernant le soutien militaire à leurs activités, ici ce sont nos collègues Américains qui mènent le jeu ; ils font beaucoup plus d’efforts dans ce domaine.

Nos soldats – pas nos conseillers – qui supervisent le cessez-le-feu sont en fait présents dans de nombreuses régions de Syrie, où des trêves ont été conclues. Mais concernant les régions que vous avez mentionnées, il y en a une ou deux là, il n’y a pas d’unités militaires. Ils accomplissent les tâches auxquelles tout le monde a intérêt. Mais jusqu’ici, ils n’observent pas de préparatifs à une opération militaire ; au contraire nous nous attendons à ce que nos développements préliminaires consistant à établir des zones de désescalade dans plusieurs régions conflictuelles – dans la région d’Idleb, dans le nord – cela sera accompli. Et cela ne peut pas se faire sans le soutien de la Turquie.

Question : Mes collègues ont déjà rappelé les paroles que le Président Trump a déclarées à Varsovie. Il a également fait une autre déclaration selon laquelle les Etats-Unis sont prêts à fournir directement du gaz naturel liquéfié (GNL) à la Pologne et à l’Europe centrale. Que pensez-vous de ces propositions, en particulier, dans le contexte de nos prévisions pour le gazoduc Nord Stream ? Et si le gaz devenait une nouvelle cause de tension dans les relations Américano-Russes ?

Vladimir Poutine : Je considère très favorablement ces projets parce qu’une concurrence saine est bonne pour tout le monde. Nous sommes en faveur d’un marché ouvert et d’une concurrence saine.


Le Président des Etats-Unis a dit hier au cours de la discussion que les Etats-Unis étaient favorablement ouverts à une concurrence libre et loyale. Et, soit dit en passant, lorsque j’ai parlé, j’ai soutenu ce point de vue. Donc, nous sommes absolument d’accord avec cela ; si c’est le cas, s’il s’agit d’une libre concurrence loyale, sans motifs politiques ni ressources politiques en jeu, ce serait tout à fait acceptable pour nous.

Parce qu’aujourd’hui, il est tout à fait évident, que n’importe quel spécialiste vous confirmera : le coût de production et de livraison de gaz naturel liquéfié (GNL) à partir des Etats-Unis est beaucoup plus élevé que celui de notre GNL – de n’importe quel GNL – et ce n’est même pas comparable à du gaz du gazoduc Russe. Donc, il ne fait aucun doute que nous possédons un avantage concurrentiel évident. Mais pour le conserver, nos acteurs du marché énergétique doivent travailler dur. Ils doivent maintenir cet avantage concurrentiel.
Finissons-en avec ce sujet. Poursuivez, je vous prie.


Question : Après cette première réunion avec le Président Trump, pensez-vous qu’il sera possible de sortir progressivement de la crise profonde des relations Russo-Américaines dans laquelle elles se trouvent, ou est-il prématuré d’affirmer quoi que ce soit pour le moment ?

Vladimir Poutine : J’espère bien, et il me semble que nous ayons établi les prérequis pour qu’il en soit ainsi.

Merci beaucoup. Pour le meilleur, Salutations



Traduction française Patrick T revu Isabelle
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At midday on Friday 5 February, 2016 Julian Assange, John Jones QC, Melinda Taylor, Jennifer Robinson and Baltasar Garzon will be speaking at a press conference at the Frontline Club on the decision made by the UN Working Group on Arbitrary Detention on the Assange case.

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